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Parler des émotions de l'enfant n'est-il qu'une mode ?


Pendant des décennies, en éducation, il a été majoritairement admis que les émotions ne devaient pas s'exprimer. La règle était de mettre un couvercle dessus, ce qui peut provoquer des débordements, tout comme le fait le lait sur le feu. De plus tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime : toute émotion, agréable ou désagréable, a besoin de s'extérioriser pour libérer la tension initiale.


Mais qu'est-ce qu'une émotion ?

L'émotion est une messagère du corps : elle a pour fonction de nous informer, via les réactions physiologiques qui l'accompagnent (augmentation du rythme cardiaque, transpiration, faiblesse musculaire, pleurs, rires, etc.), de notre état intérieur et donc de développer les réactions adaptées permettant de gérer la situation.

Certaines personnes font d'émotion et sentiment des synonymes. Or si l'émotion est inconsciente et ne dure pas plus d'une minute, le sentiment relève du conscient et perdure : un sentiment est le temps que l'on consacre à une émotion en l'entretenant par la pensée.

Bien qu’ils soient différents, émotions et sentiments sont étroitement liés. Les sentiments nous font traverser toutes sortes d’émotions et, à l’inverse, les émotions peuvent générer des sentiments. Une émotion non exprimée peut par exemple générer un sentiment durable.

Les émotions nous aident à identifier nos besoins et à les satisfaire. Si les sensations nous renseignent sur l’état de satisfaction des besoins physiologiques (la faim, la soif…), les émotions nous indiquent l’état de satisfaction des besoins psychiques. L'expression de l'émotion est guérissante.


Pourquoi parle-t-on de tempêtes émotionnelles chez le jeune enfant ?

La grande difficulté des trois premières années de vie concernant les émotions réside dans l’immaturité du cerveau (il ne termine sa maturation que vers 25 ans). En effet, cette immaturité fonctionnelle fait que le jeune enfant est totalement submergé par ses émotions quand elles sont trop fortes. Il est complètement sous le coup de l’émotion et ne peut pas la réguler : ce n'est pas parce qu'il ne veut pas mais parce qu'il ne peut pas. C'est pour cette raison qu'il a besoin du soutien bienveillant de l’adulte. De plus cette immaturité le rend particulièrement vulnérable. L'apprentissage, les interactions affectives et sociales ont des effets profonds sur les structures et circuits cérébraux mais aussi sur l'expression de certains gènes.


Comment accompagner l'enfant ?

Il n’est pas possible d’agir sur l’émotion car elle survient trop rapidement. Il est par contre possible d’accompagner l’enfant dans une meilleure compréhension de ses états émotionnels et des comportements attendus et/ou adaptés. C'est par les mots posés par l'adulte que l'enfant va apprendre à reconnaître ses émotions. L'apparition du langage et la capacité de nommer l'émotion permet au jeune enfant de mentaliser davantage le processus émotionnel et d'aller vers un début de régulation. Les émotions sont juste à écouter et à accueillir. La première étape est donc de faire le silence en soi pour être vraiment à l'écoute de ce que ressent l'enfant, de l'intensité de son émotion. Il est alors possible de mettre des mots sur ce ressenti par un reflet émotionnel. Il ne faut pas s'attendre à la disparition instantanée de l'émotion et lui permettre d'aller jusqu'à sa résolution.Une fois entendues et respectées, les émotions n'ont plus aucune raison de faire du bruit. La dernière étape, une fois que la respiration de l'enfant est redevenue calme, est de laisser place à la parole avec une proposition d'aide. La question à se poser est : quel besoin est satisfait ou non ? Une fois ce besoin repéré, il est possible d'orienter l'enfant, si nécessaire, vers une autre activité qui correspond à ce besoin.


L’enfant est responsable de son comportement, mais pas de ses émotions qui sont spontanées, immédiates et naturelles. Il est fondamental que nous, adultes, soyons empathiques, chaleureux et soutenants car c'est bien en fonction de notre accompagnement que le jeune enfant régulera au mieux et au plus vite ses émotions. Nous sommes loin d'un effet de mode : les neurosciences ont permis de comprendre que, grâce à un mode de communication bienveillant, nous lui assurons le bon développement de son cerveau et son épanouissement.


Véronique Servettaz