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L'agressivité des jeunes enfants




Lors de mes échanges avec les professionnel.le.s de la petite enfance, il est très fréquent que soit évoqué le thème des agressions entre enfants : morsures, griffures, coups, etc. La gestion de ces situations récurrentes, et dont l'origine vient souvent d'un même enfant, leur demande beaucoup d'énergie : pas de baguette magique pour trouver des solutions ! Toutefois il est primordial de ne pas stigmatiser l'enfant, lui coller une étiquette et en connaître le sens peut nous y aider.


L'agressivité, qu'est-ce que c'est ?

Étymologiquement le mot agressivité signifie « aller vers ». Il est fondamental de la différencier de la violence qui renvoie à un « abus de force sur quelqu'un ou sur quelque chose ».

Un jeune enfant ne fait pas directement le lien entre son acte et la souffrance de l'autre : il est autocentré et ses capacités d'empathie ne commencent à émerger que vers 3/4 ans au mieux. De plus l'immaturité de son cerveau fait que l'inhibition de ses actes (s'empêcher d'agir, stopper) n'est pas maîtrisée. Son impulsivité domine et c'est à nous, adultes, de l'accompagner vers l'utilisation de stratégies différentes pour entrer en relation, obtenir l'objet convoité, etc.

L'agressivité est une pulsion de vie, facteur positif de protection et si elle souffre d'une image négative, c'est pourtant grâce à elle, à son énergie, que nous résistons, sommes volontaires et déterminé.e.s. Les comportements agressifs sont donc normaux et nécessaires à l’évolution de l’enfant. C’est grâce à l’expression de son agressivité que l’enfant s’affirme face à autrui comme un sujet, lieu de désirs et de volonté, et qu’il conquiert les limites de son Moi et de sa propriété (ses jouets, sa chambre, etc.).


Quels sont les facteurs favorisant l'agressivité ?

Si l'agressivité est innée, proposer un environnement d'accueil qui ne la favorise pas est essentiel : cela induit prioritairement d'assurer la sécurité affective des enfants, être à l'écoute de leurs besoins, respecter leur rythme, leur fournir des repères stables. L'aménagement de l'espace, les jeux proposés ont aussi leur importance ainsi que le langage employé : si le terme "croquer" est utilisé comme marque d'affection dans l'entourage, pourquoi s'étonner que l'enfant aille "goûter" son copain ? Et cette liste n'est pas exhaustive.


Que faire face à ces manifestations d'agressivité ?

Bien sûr consoler agresseur comme agressé : l'un et l'autre sont confrontés à des émotions qu'ils ne sont pas encore en capacité de réguler seuls. Leurs faibles capacités langagières sont de plus un handicap.

Décrire sans jugement, indiquer le comportement attendu, développer l'intelligence émotionnelle en encourageant la réparation et suscitant l'empathie sont des clefs face à l'agressivité.

Et pour éviter la récurrence de ces situations qui mettent à rude épreuve les nerfs des professionnel.le.s, l'observation est le meilleur outil afin de tenter de comprendre l'origine du problème. Les hypothèses émises permettront d'échafauder des pistes d'intervention quant à l'accompagnement de l'enfant, l'organisation et l'aménagement de l'espace, ... L'analyse des effets obtenus les validera ou non et dans ce cas de nouvelles pistes de travail seront à explorer. Je vous l'ai dit : pas de baguette magique !

Véronique Servettaz