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Douces violences ?


Christine SCHUL définit ainsi les douces violences : « Ce sont des instants éphémères où le professionnel n’est plus dans la relation à l’enfant. Brefs instants où l’adulte se laisse «emporter » par un jugement, un a priori, une étiquette, un geste brusque ».


Ce sont des actes inconscients auquel nul n'échappe, il serait illusoire de le penser. Même si tout adulte, parent ou professionnel.le, a pour objectif d'accompagner l'enfant avec bienveillance, nous sommes humains ! Les douces violences (ou violences éducatives ordinaires) ne se limitent pas à la maltraitance physique : un langage méprisant, les insultes, le chantage, l'usage de contraintes (hors du cadre de la sécurité de l'enfant), … en font partie.


Quelles conséquences pour l'enfant ?

Ces comportements que nous ne considérons pas comme malveillants ou maltraitants peuvent pourtant provoquer chez l’enfant un mal-être, une souffrance, une blessure… Un bon moyen pour se rendre compte si l’on pratique des douces violences est de se mettre à la place de l’enfant et se demander si nous aimerions subir ces remarques, ces actions. Ces gestes, paroles, regards, s'ils sont répétitifs, placent l’enfant en situation d’insécurité affective, fragilisent l’élaboration de la confiance en soi, de l’estime de soi, parasitent le développement de l’enfant et son potentiel d'apprentissage, sont un frein pour se sentir autonome, trouver sa place dans le collectif et peuvent freiner le développement de l'empathie.

Il est tellement plus facile pour l'adulte de se reposer sur ses habitudes (« On a toujours fait comme ça »), d'autant plus que ces violences éducatives ordinaires sont pour lui un moyen d'obtenir plus rapidement le résultat escompté. Ce dernier ne se pose pas de questions et s'inscrit alors dans la toute puissance, sans laisser de place à l'enfant pour s'exprimer, lui donnant ainsi une place d'objet et non d'acteur dans l'échange.


Comment les prévenir ?

Si l'objectif n'est pas de se culpabiliser, il est de questionner nos pratiques pour repérer ce qui nous fait déraper, à quel moment, et ainsi éviter nos chaussées glissantes. En effet, si par exemple, le volume sonore ambiant est trop important pour moi et que je ne fais pas en sorte qu'il soit supportable par un apaisement général, il est possible que surviennent des douces violences. Par conséquent, il est primordial pour éviter celles-ci d'être avant tout à l'écoute de ses propres besoins.

Combattre les douces violences, c'est changer de logique et remettre l’enfant au cœur de nos actions, pour être à l'écoute des besoins de celui-ci, accueillir ses émotions. La communication non violente est un outil précieux. L'intention de la CNV est de créer une qualité de relation avec soi-même et avec les autres qui permette de satisfaire les besoins fondamentaux de chacun de manière harmonieuse. Ce processus ouvre un dialogue sincère et respectueux par une expression claire et cohérente, une écoute de l'autre avec une qualité de présence. Nos facultés d'empathie sont donc utilisées, ce qui nous permet de rester distancié.e par rapport à la situation-problème pour pouvoir mieux la gérer.

Respecter l'individualité de chaque enfant, c'est à dire l'accepter tel qu'il est, lui donner confiance en lui, en l'autre, l'accompagner pour qu'il découvre le chemin qui est le sien, participe à l'évitement de ces violences éducatives ordinaires.

Bien connaître le développement d’un jeune enfant est également fondamental.

Toutefois ce qui pose problème n'est pas l'acte en lui-même mais sa répétition : les neurosciences nous l'ont démontré : le cerveau conserve les connexions des expériences les plus fréquentes qui ne sont pas forcément les meilleures. La relation idéale pour un développement optimal du cerveau est une relation empathique, soutenante, aimante.


Alors lutter contre les douces violences est un travail qui doit se faire au quotidien, sans jugement, avec beaucoup d'observation et d'échanges. Ceci requiert aussi un soutien aux professionnel.le.s dans leur démarche de bien-traitance, que ce soit par des temps d'écoute, d'analyse des pratiques, de formation, etc.


Véronique Servettaz